la forme précise du fantasme
Septembre 2026
je ne regrette pas l’attente
la traque
son paysage doit expirer
j’y ai inventé ce qui
maintenant me nourrit
le hasard se nourrit lui aussi
des efforts pour vivre
et je n’ai pas deux corps
deux forces vives
pour deux mondes à traduire
je peux seulement
chercher l’après du passage
il faut
ne pas me contenter du seuil
je pose ma main
à la surface du sol
tente de la perdre
traversant les souvenirs
élaborés avec la seule patience possible
le désir
je me rappelle les frissons
la joie d’un corps
qui se déleste
jouer comme être joué
je retrouve ma main de l’autre côté
du subterfuge
ma peau est intacte
la perte s’avère la main ouverte
qui se referme
ce piège vide
tout de même je suis mordu·e
je me démets
je rêve de tenir
ce moment cassé
un trou plus grand que moi
mon ombre enfuie
maintenant le trou
témoigne à mes côtés
de l’objet que je voulais tenir
plus qu’un souvenir
la forme précise du fantasme
quand le pied qui s’approche concorde si bien
avec le trou préparé pour le pied
le piège ne se referme pas
je reconnais mon odeur
le froid de l’appât sur ma main
je me place
là où mon œil fait silence
derrière ce morceau de métal
et moi je fuis
je ne veux pas découper
mon chemin
mais rencontrer ce qui me déroute
cette question collée à moi
ce chardon intraitable
cette ruse amie
je veux tenir un moment entier
dans ma paume
qui ne veut pas se refermer
sur elle-même
tenir au moins quelque chose
mais le poème se recompose
dans ce champ d’images impossibles
dans les trous aménagés
pour le surprendre
l’espace où la cheville se tord
l’entorse
le lieu entre le piège et l’os
le hasard se reproduit
comme les anguilles
au loin
dans l’ombre
dans l’eau de la question
le texte résigné
inventant l’os
de l’eau,
d’une nouvelle cheville