Résumé (fr)
Entretien réalisé en novembre 2025
Valentina Pancaldi est docteure en littérature comparée et générale à l’Université de Montréal et en littérature générale et comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3. Sa thèse, soutenue en septembre 2024, porte le titre La migration en héritage : travail du deuil et de l’écriture dans l’œuvre d’Antonio D’Alfonso, Jhumpa Lahiri et Igiaba Scego. Le texte est disponible en libre accès dans l’archive HAL.
Par une méthode comparative qui allie la théorie psychanalytique, Valentina Pancaldi analyse les œuvres de trois enfants de la migration : Antonio D’Alfonso, qui écrit en anglais et français alors que ses parents sont originaires d’Italie, Jhumpa Lahiri, qui écrit en anglais et italien, alors que ses parents viennent de l’Inde, Igiaba Scego, qui écrit en italien, alors que ses parents proviennent de la Somalie. Ces écrivain.e.s ont en commun l’héritage d’une perte, la patrie qui n’était pas la leur, mais qui les hante, dans son absence – ou présence fantomatique – et qui est symbolisée, dans le sens que Robert Pelsser donne à la capacité de symbolisation (1989, 714-726), dans leurs textes. La corporéité du texte devient alors le lieu d’un travail de deuil, la canalisation d’une perte héritée, le contenu d’une agonie de la langue.
Valentina Pancaldi présente sa thèse tout en discutant des questions plus larges portant sur la méthode comparatiste, les mérites et limites de la théorie postcoloniale, le rapport dialogique entre critique et écriture et la psychanalyse. Cette dernière, elle nous explique, est moins une doctrine qu’une usine à idées : c’est l’imagerie psychanalytique, et surtout celle d’une psychanalyse moins institutionnalisée, qui impulse sa pensée et son analyse.
Enfin, nous avons choisi de rendre accessible la trace audio de l’entretien. Par la cadence et l’accent qui animent le dialogue, le bruit des chaises et de l’eau qui remplit les verres, les marqueurs phatiques, tics langagiers de qui travaille en enseignement de langue seconde, les tons qui se relâchent progressivement au cours de l’échange, les rires au besoin, le silence attentif qui occupe la salle, lorsque l’écriture est présentée comme une stratégie de deuil : voici autant de signes de notre présence non seulement intellectuelle, mais corporelle. À travers la citation de Vijay Mishra, Valentina Pancaldi nous invite, dans sa thèse, à regarder « ces corps diasporiques » (Mishra, 2007, 16) et la trace qu’ils laissent dans le texte littéraire. À notre tour, nous avons alterné des questions relatives à son travail intellectuel et à son vécu personnel, parce que si la thèse n’est qu’un document final produit par un parcours intellectuel, elle incarne aussi ce parcours intellectuel et personnel de la chercheuse. Cette « odyssée intellectuelle et solitaire », comme elle le définit, devient une manière de dialoguer avec soi-même dans une quotidienneté faite de « mon ordi, mon miroir, ma thèse ». Nous discutons de migration, de maternité, de conciliation travail-étude, de la difficulté d’expliquer aux proches ce que nous faisons, adultes, à l’école.
Nous vous invitons à écouter ce dialogue, exemplaire pour sa qualité scientifique, apaisant pour sa profondeur humaine : le temps d’un échange amical, les corps diasporiques se ressourcent.