Urgence et Refus du post-scriptum chez Catherine Pozzi

La critique génétique au secours de Peau d’Âme

Emma AYASSE
La Sapienza Università di Roma | Aix-Marseille Université

RÉSUMÉ

Post-scriptum et posthume sont deux notions voisines en ce qui concerne leur rapport à la temporalité. La première advient après l’acte d’écriture, la seconde après la mort de l’auteur, et donc après que l’acte d’écrire ait pris fin. Peau d’âme en ce sens est un post-scriptum. Essai posthume et inachevé, fruit de vingt années de recherches consacrées au phénomène de la sensation, il demeure pourtant le grand absent de la critique pozzienne. Entre la tyrannie du livre qui poussait l’auteur à laisser sa trace, et le refus d’interrompre une recherche, d’arrêter le sens, le testament d’un impossible dire ne peut prendre forme que dans l’inachèvement. Peut-on alors conférer à ce texte le statut d’œuvre? Et comment le prendre en charge? Le présent article propose de revenir sur les circonstances rédactionnelles et éditoriales de l’essai, et les tensions qui y sont à l’œuvre afin de démontrer que la critique génétique est aujourd’hui la seule discipline à même de rendre compte de la recherche entreprise par Catherine Pozzi.

ABSTRACT

The notions of post-scriptum and posthumous share a connexion regarding the temporality which they imply. While the first occurs after writing, the second does after the author’s death and thus after writing is done. In this sense, Peau d’âme is a post-scriptum. A posthumous and unfinished essay, this product of twenty years of research devoted to the phenomenon of sensations, it remains widely undealt with by Pozzian critics. Between the tyranny of a book which urged the author to leave a mark and the refusal to bring research and sense to an end, the testament of the ineffable can only be shaped in incompletion. Can this text thus be considered as a work? And how can it be dealt with? The following article recapitulates the writing and editorial conditions of the essay as well as the tensions which arise from it so as to prove that genetic critic is the sole current discipline capable of accounting for Catherine Pozzi’s research.


Si je ne l’éprouvais pas, je serais capable de feindre l’amitié que j’ai pour vous, rien que pour le plaisir incomparable de lire vos lettres; de les provoquer. Je n’en ai jamais reçu de pareilles. Elles sont autre chose que des communications : des créations. Pourquoi avez-vous abandonné la littérature? (Bem, Guyaux, 1995 : 343) [1]

Catherine Pozzi avait-elle réellement abandonné la littérature? Une chose est certaine elle avait renoncé à l’édition. Enfant de la fin du siècle[2], fille du célèbre docteur Samuel Pozzi, Catherine Pozzi grandit dans le Paris bourgeois de l’époque, fréquente dès son plus jeune âge les salons, mais ne reçoit pas l’éducation qu’elle espérait. Elle sera pour la majeure partie de sa vie une autodidacte, passant le bachot à trente-sept ans. Avide de connaissances, elle se construit rapidement des programmes de « rattrapage ». Helléniste confirmée, traductrice des poèmes orphiques, latiniste, elle maîtrise parfaitement l’anglais et l’allemand, s’intéresse avec ardeur à la philosophie, mais aussi aux sciences. En 1927, après une deuxième tentative et un franc succès au baccalauréat, elle s’inscrit à la faculté de sciences où elle suivra notamment les cours des professeurs Rabaud, Caullery et Picard en génétique et en biologie. Elle meurt en 1934 des suites d’une tuberculose contractée en 1912.

Catherine Pozzi est connue en tant que poétesse, publiée chez Gallimard. Le public la rencontre à travers une production fragmentaire : six poèmes. On la connaît aussi parfois en tant que diariste, auteur d’un journal de jeunesse qu’elle entame alors qu’elle n’a pas onze ans, et un journal d’adulte initié en 1913 qu’elle tiendra jusqu’à la fin de sa vie. Elle est également l’auteure d’une nouvelle autofictive Agnès, parue en 1927. Outre cette dernière exception, quelques articles de vulgarisation scientifique parus dans le Figaro et un poème qu’elle confie péniblement à Jean Paulhan, Catherine Pozzi n’acceptera jamais de publier de son vivant, et s’opposera farouchement aux demandes de l’éditeur. Encore discrète auprès du grand public, on rencontre donc Catherine Pozzi par l’intermédiaire de ses poèmes ou de son journal. Les lecteurs de Valéry savent qu’elle était sa maîtresse et une compagne de travail. Pourtant le grand œuvre de Catherine Pozzi, celui qu’elle appellera « LE Livre » se tient en Peau d’Âme, « fruit[3] » de vingt ans de recherches dans les domaines de la philosophie, de la physique, de la chimie et de la biologie. Cet essai inachevé, paru à titre posthume en 1935, demeure encore aujourd’hui sinon le grand absent, du moins le trop discret de la critique pozzienne.

Post-scriptum et posthume sont deux notions voisines en ce qui concerne leur rapport à la temporalité. Si la première est relative au domaine de l’écriture et la seconde à celui de l’édition, elles se rejoignent dans le moment de leur inscription : le post, l’après. Le post-scriptum est littéralement ce qui vient « après l’écrit », celui de l’auteur du corps du texte bien sûr, mais aussi, nous le verrons, celui d’une autre main. Le posthume est pour nous dans le domaine littéraire, le texte qui paraît après la mort de l’auteur. Et si nous parlons d’écrivain et non plus d’auteur, le posthume est donc le texte qui paraît après que l’écrivain ne soit plus et que donc il ait cessé son « scriptum ». Peau d’Âme, en ce sens, est un post-scriptum. L’enfant posthume est quant à lui celui qui naît après la mort du père, acception juridique qui fera particulièrement sens pour Catherine Pozzi.

Lorsqu’on se penche sur ces deux notions, post-scriptum et posthume, on est frappé par le vide notionnel qui les entoure dans le domaine de la littérature. Pour comprendre ce vide sans doute faut-il revenir à la notion d’œuvre elle-même. Une publication posthume se fait par définition sans la présence de l’auteur, ce dernier est absent au moment de la livraison du texte au public. Parfois même les textes posthumes n’avaient pas vocation à être publiés, et l’éditeur va alors par-delà la validation de l’auteur. Dans la note de l’auteur dans La Plaisanterie, Milan Kundera nous dit :

Il existe deux conceptions de ce qui est « œuvre ». Ou bien on considère comme œuvre tout ce que l’auteur a écrit : c’est de ce point de vue, par exemple, que sont souvent édités les auteurs dans la célèbre collection de la Pléiade : à savoir, avec tout : avec chaque lettre, avec chaque note de journal. Ou bien l’œuvre n’est que ce que l’auteur considère comme valable au moment du bilan. J’ai toujours été partisan véhément de cette deuxième conception. Je trouve immoral qu’un auteur offre aux lecteurs quelque chose que lui-même sait imparfait, quelque chose qui, à lui-même, n’apporte plus de plaisir. (Kundera, 2012 : « Note de l’auteur ». Je souligne)

Catherine Pozzi considérait-elle Peau d’Âme comme « valable » au moment du bilan? Ou est-ce l’éditeur qui a pris la liberté de livrer au public un texte, qui plus est inachevé? La notion de posthume est également intimement liée à celle de l’inachèvement de l’œuvre. Dans la majeure partie des cas, si l’auteur n’a pas eu le temps de porter son texte à l’édition, il n’a pas eu non plus le temps de finir ce dernier. Est-ce réellement le manque de temps qui empêcha Catherine Pozzi de publier Peau d’Âme? Milan Kundera nous parle de l’immoralité de l’auteur. Que dire ici de celle de l’éditeur? Dans ce dernier cas, l’éditeur ne devient-il pas lui-même le rédacteur du post-scriptum du texte? Concluant alors à sa manière, et à travers la publication, un texte qui ne lui appartient pas? Qu’en est-il de la critique génétique qui décortique tout le matériel scripturaire d’un auteur? Celle que l’on appelle parfois la « science des brouillons » met à l’honneur tout l’ante scriptum de l’écrivain. Ce geste constitue-t-il une violation de la volonté de l’auteur? de son testament? de son dernier mot? de son post-scriptum? Ou, au contraire, en livrant l’écriture au travail, l’in-scriptum, la critique génétique n’apparaît-elle pas comme le plus sûr moyen de rester fidèle au texte, qui plus est inachevé? Le présent article propose de répondre à ces questions, en envisageant le post-scriptum, non pas seulement comme la dernière inscription ou la ré-inscription, mais comme moment. Celui de l’après de l’écriture et de la livraison de l’œuvre au public, et donc aussi celui du détachement de l’auteur à son texte, ou de la dépossession. En ce sens, le post-scriptum ouvre une réflexion sur la notion d’œuvre elle-même. Puisque nous sommes baignés dans l’idée qu’il n’y a d’« œuvre » que dans sa livraison, dans sa validation, et donc dans son achèvement, que faire des textes posthumes et inachevés? Peut-on leur conférer le statut d’œuvre? Si le post-scriptum est le dernier mot, que faire lorsque le moment de son inscription, ou son inscription elle-même ont été suspendus par la mort — ou parfois par la volonté — de l’auteur? À qui appartient-il alors de prendre en charge son inscription? À l’éditeur? Au lecteur? À la recherche? Ou encore : Faut-il renoncer à l’après de l’écriture, et laisser le texte en suspens?

Le Scriptum de Peau d’Âme : Rédaction et édition

Rédaction

En 1915, Catherine Pozzi s’engage dans une recherche qui l’occupera jusqu’à la fin de sa vie et qui aura pour dernier titre Peau d’Âme. Initialement intitulé De Libertate, puis brièvement Le Corps de l’âme, ce texte, que nous qualifions faute de mieux « d’essai », s’attache à élucider le phénomène de la sensation : Comment percevons-nous? Comment un stimulus extérieur se traduit-il en sensation? Quelle est la condition du sentir? Quel est le rôle du corps dans ce phénomène? Quel est celui de l’âme?

« Problème » de premier ordre dans l’histoire de la philosophie, Catherine Pozzi grâce à ses programmes de « rattrapage », maîtrise le sujet. De l’antiquité de Platon et d’Aristote, bien sûr, en passant par Descartes, William James, ou encore — et en particulier — Bergson pour ses contemporains, l’auteure construit son système au regard de ces textes, dans un langage poétique qui n’entend pas pour autant renoncer à une rigueur philosophique. Très influencée par l’antiquité, Catherine Pozzi s’inscrit également dans la modernité en rejoignant les phénoménologues. Peau d’Âme est donc une théorie de la sensation, mais aussi un Art poétique. En effet, au cœur de la rédaction de Peau d’Âme se trouve le souci de la forme, primordiale, puisqu’elle sera la garante de la bonne réception du texte, c’est-à-dire de sa compréhension, de son post-scriptum.

« Faut-il me mettre à écrire sans être à la fois le poète et le savant? » (Pozzi, 2005 : 119) se demande Catherine Pozzi dans son journal. Profondément inquiète au sujet du devenir du texte, la « tyrannie du livre » (Boutang, 1991), comme l’appelait Pierre Boutang, devient de plus en plus présente, la mort approchant — Catherine Pozzi se sait condamnée —, mais également lorsque l’auteure entreprend un parcours scientifique à la faculté des sciences après 1927 pour les besoins de son livre. Le souci de la forme croît alors à mesure que la tension science/poésie se fait de plus en plus vive. Laissant bientôt place au désespoir de l’auteure : « J’enverrai mon livre à de Broglie, hélas, qui ne l’ouvrira pas. J’écris un livre trop technique pour ce qu’il est simple, trop enfantin pour ce qu’il est savant. » (Ibid. : 585) déplore-t-elle en 1930, avant de conclure en août 1934, trois mois avant sa disparition : « Je n’ai plus pu du tout écrire Peau d’Âme. Ils n’y comprendront rien. » (Ibid. : 692).

L’élaboration conceptuelle et la forme que doit prendre cette dernière sont à l’origine d’une écriture qui n’en finit pas de finir, puis de s’écrire, durant vingt ans, presque la moitié de la vie de l’auteure. En effet, cette recherche initiée en 1915 est poursuivie assez régulièrement jusqu’à la rencontre de Paul Valéry en 1920. Premier lecteur autorisé du De Libertate, Catherine Pozzi lui confie en 1921 son manuscrit, « les feuilles », datant de 1915. L’auteur du Cimetière marin restera parfaitement muet face à cette lecture. Prenant son silence pour un échec, persuadée de ne rien proposer de « valide », Catherine Pozzi renonce à l’écriture du traité, pour se consacrer aux Cahiers de Valéry dont elle devait — avant d’y renoncer — être l’exécutrice testamentaire. Mais la première parution de Rhumbs en 1926 réveille brutalement l’écrivaine du De Libertate :

En 1915, à Ste-Élisabeth, Arcachon, j’ai commencé d’écrire, dans un langage où l’imitation de Laforgue le disputait fâcheusement au ton de Claudel, une suite de propositions sur la constitution de la sensibilité, au sens fonctionnel, suivant le problème homme-univers, ce que vous appeliez + dans ces notes que je n’avais pas lues : je vous connaissais cinq ans plus tard.

En 1921, je vous ai apporté, j’ai posé sur une table ces pages appelées d’un titre qui faisait rire Bourges si gentiment… car on ne peut tout de même pas écrire un traité de la liberté quand on aime tant les jolies robes et qu’on n’est pas docteur! J’aurais pu croire que vous les aviez trouvées très faibles, si leur plus belle idée (de mon encre de 1915) ne terminait (avec mes mots) Rhumbs (où Dieu merci, on ne l’a pas comprise[4]). M’auriez-vous peut-être quittée, si j’avais fait la même chose? Je vous aimais assez pour vous donner ce que j’avais pris chez Dieu, je n’ai rien dit, Lionardo mio.

Le De Libertate est là, là, cousu dans sa vieille toile; voici douze ans qu’il voyage où je m’en vais et que je ne le finis pas, tant par humilité que par passion, car avant de vous connaître, je pensais : « Qui se soucie de le lire? » et après :

« Cela fait double emploi; le sien en sera plus beau. »

Mais demain, il faut en découdre… Il faudra cependant commencer de le finir. (Ibid. : 380)

Dans cet extrait du journal et sous la forme d’une adresse à Paul Valéry, s’exprime le vif regret de l’auteure. Si la rancune légitime s’estompe derrière le sacrifice, ce n’est plus le cas l’année suivante. En 1928 Catherine Pozzi quitte définitivement Paul Valéry et reprend de façon effective la rédaction du traité. De Libertate devient brièvement Le Corps de l’âme en 1929, puis enfin Peau d’Âme en 1931.

Édition

Pressée par des épisodes maladifs de plus en plus invalidants, Catherine Pozzi mêle à l’écriture journalière intime l’élaboration conceptuelle de Peau d’Âme. Sa fin certaine approchant, la tyrannie du livre ne cesse de croître. On peut y lire à partir de 1932 des injonctions en capitales d’imprimerie telle qu’« IL FAUT FINIR LE LIVRE » (Ibid. : 635). Peau d’Âme n’est donc plus simplement un traité ou le traité, il devient « LE Livre ». Dans ce contexte, et alors qu’elle est vivement encouragée par Ernst Curtius avec qui elle est entrée en correspondance, nous pourrions penser que Catherine Pozzi s’empressait de publier. Mais en novembre 1932 alors que Jean Paulhan lui offre de publier Peau d’Âme à la NRF : « Paulhan, extrêmement frappé de ceci et de ma façon de l’exposer, s’agrippait au manuscrit : “Laissez-moi l’emporter”. Je refusai : son sort eût été trop évident! Quelques jours après, P. m’écrivait pour me le demander et me reprocher ce manque de confiance. Je fis le sourd. » (Ibid. : 662)

Catherine Pozzi sait pourtant que l’argument de Peau d’Âme et sa forme sont destinés aux lecteurs de la prestigieuse maison d’édition, et que c’est par ce biais qu’elle atteindrait le plus grand nombre de lecteurs. En mars 1933, elle explicite le « sort trop évident » auquel elle faisait allusion, elle craint le plagiat :

Mon livre a, depuis hier soir, 55 pages dactylographiées : cela peut en faire 70 à 80.

Je suis très déchirée par le devoir de le publier. La N.R.F. atteindrait le plus de ceux pour lesquels je l’écris, mais derrière La N.R.F., il y a Trente-ans-de-thés, sa haine et, quand il lira, sa jalousie : difficile d’arrêter qu’il ait le manuscrit à temps pour jouer de ces tours qu’on connaît : en copier quelque page dans les fameux Cahiers (plus si fameux!) ou imprimer dans un Rhumbs anthume, avant moi, phrase de rien, comme il l’a fait… (Ibid. : 656. Je souligne.)

J’ai souligné dans l’extrait ci-dessus le terme « anthume », afin de faire un premier écho au titre de cet article : Urgence et Refus du post-scriptum chez Catherine Pozzi. En renonçant à une publication à la NRF, Catherine Pozzi renonce à contrecœur à la voie royale pour Peau d’Âme, mais ne manifeste alors par là qu’un refus fort et fondamental pour notre réflexion : celui d’apparaître post Valéry, celui d’être reçue comme le post-scriptum de la pensée des Cahiers. Réel danger ou paranoïa après l’épisode de la parution de Rhumbs en 1926? Nous pouvons également légitimement nous demander sur un ton familier : « Le refus en valait-il la chandelle? » On ne refait pas l’histoire littéraire. Quoi qu’il en soit l’auteure scelle par son refus le destin de Peau d’Âme, qu’elle avait présagé : « [Je] Mourrai, laissant un fruit fait de toutes mes forces que personne ne mangera. » (Ibid. : 590)

En 1934 Catherine Pozzi laisse à son fils Claude Bourdet le testament d’une recherche inachevée, celle du De Libertate, dont Peau d’Âme représente le prologue, ou la première partie d’un tout qui en aurait vraisemblablement comporté trois. Mais comme le rappelle très justement Lawrence Joseph, le manuscrit de Peau d’Âme est celui « d’une œuvre achevée » et ne doit en rien passer pour une ébauche (Lawrence, 1990). Ce dernier est méticuleusement dactylographié, numéroté et annoté, comportant toutes les consignes de mise en page. Prologue et à la fois post-scriptum, il est la dernière trace d’une recherche qui n’a cessé de s’écrire, de s’interrompre, et de se ré-inscrire. Les derniers mots du journal de Catherine Pozzi en sont les consignes testamentaires : « Claude le frère de la fille Dastre est éditeur… […] Tu feras éditer Peau d’Ame par lui. À compte d’auteur sous la surveillance d’André Georges… Invite-les à Pâques […] Donne-leur si tu veux ma maison… Méchanceté de Paul… Peau d’Ame, fais-le écrire Peau Peauuu Peeealrrrrr Pearl par le frère de l’Éditeur… Claude n’a pas voulu lui-même que je téléphone […] » (Ibid. : 702).

Quatre jours avant sa disparition, à la manière d’un post-scriptum, l’auteure consacre ses derniers efforts à la rédaction de ces consignes. « Au moment du bilan » pour reprendre les mots de Kundera, Catherine Pozzi « valide » donc Peau d’Âme. Toutefois, André Georges décline la « proposition délicate » (Ibid. : 784-785) qui lui est faite. C’est donc Claude Bourdet qui se chargera de l’édition du traité, qui paraîtra chez Corrêa en 1935, malgré une dernière tentative de Jean Paulhan[5]. Marie de Régnier préfacera l’œuvre, mais, imperméable au message de l’auteur, se contentera de dresser un portrait de ce dernier. Peau d’Âme passe presque inaperçu. En 1990, au moment où Claire Paulhan et Lawrence Joseph sortent Catherine Pozzi de la nuit des archives, l’essai est réédité à La Différence. Aujourd’hui il n’est plus édité et demeure, malgré l’ouvrage que lui consacre Pierre Boutang, le grand absent de la critique pozzienne.

« Noli me legere » et le refus d’arrêter le sens

Pourquoi Peau d’Âme a-t-il échappé à la critique? Bien que son manuscrit soit celui d’une œuvre achevée, la recherche dont il découle, elle, ne l’est pas. On imagine facilement dans ce contexte la difficulté de la tâche de l’herméneute. Comment rendre compte d’un système philosophique établi sur vingt ans, à travers un texte qui n’en constitue que le prologue ou l’introduction? De plus, ce manuscrit est rédigé dans les dernières années de la vie de Catherine Pozzi. Parmi toutes les traces de cette recherche qui demeure aujourd’hui dans les archives, Peau d’Âme présente certes un concept clé et central dans l’élaboration philosophique proposée par l’auteure : celui de la peau de l’âme, en tant que somme des sensations « amassées »; mais c’est aussi le texte qui est le plus riche de références scientifiques, notamment les lois du Seuil Fechner-Weber, ou celles de la thermodynamique. Loin d’être un exposé scientifique, Peau d’Âme prend fréquemment la forme du poème et commande par conséquent l’allusion. « Je suis sans espoir d’en sortir : j’ai commencé cela en poème, et me trouve devant des précisions qui impliquent ces connaissances que les lecteurs n’ont pas… » (Ibid. : 631), nous dit Catherine Pozzi. En effet, il est difficile pour le lecteur de l’époque — ou même celui d’aujourd’hui — de se constituer le bagage nécessaire à la réception du message, de lire, et donc de recevoir, sous l’allusion, la référence scientifique nécessaire, encore plus peut-être de la mettre en relation avec le texte.

Catherine Pozzi a tout de même « validé » Peau d’Âme, animée par un sentiment d’urgence : celui de laisser « sa part de vérité »[1]. Mais l’auteure n’a également pas cessé de repousser l’édition. On peut légitimement se demander si le refus de la NRF n’était motivé que par la crainte du plagiat. Catherine Pozzi aurait pu éditer à compte d’auteure comme elle l’indique dans son « testament ». Une question se pose donc : l’auteure aurait-elle terminé cette recherche si elle en avait eu le temps? L’inachèvement du texte ne s’explique-t-il que par les circonstances évoquées précédemment? Reprenons les mots adressés à Paul Valéry cités plus haut : « Le De Libertate est là, là, cousu dans sa vieille toile; voici douze ans qu’il voyage où je m’en vais et que je ne le finis pas, tant par humilité que par passion ». On peut également lire plus tard dans le Journal : « Il y a des instants très courts où je crois que j’écris un livre qui les délivrera tous. L’état de Nietzsche au-dessus de Gênes… Il y a des instants constants où je crois que personne ne le considérera… Pourquoi est-ce donc que je passe ma vie à le penser? Parce que ma vie fleurit pour cela. Ce livre et ma vie sont tels qu’il ne m’est plus possible de les séparer. » (Ibid. : 590. Je souligne.).

Le post-scriptum en tant que moment de livraison de l’œuvre, commande par conséquent l’arrêt de l’écriture, ici même l’arrêt de la recherche. Il est évident que Catherine Pozzi refuse ce moment de dépossession. Déjà en 1927, lors de la parution d’Agnès celle-ci s’écriait : « J’avais une sorte d’horreur sacrée de voir mon cœur en imprimé. » (Ibid. 386). Ne s’agit-il pas de ce même sentiment de dépossession dont nous parle Maurice Blanchot dans Après-coup, dont le titre convoque lui aussi notre réflexion sur le post-scriptum, sur l’après-scriptum. Faisant parler le texte publié, celui-ci s’adressant à son auteure nous dit : « “Noli me legere.” Interdiction de lecture qui signifie à l’auteur son congé. “Tu ne me liras pas.” “Je ne subsiste comme texte à lire que par la consumation qui t’a retiré l’être en écrivant.” “Jamais tu ne sauras ce que tu as écrit, même si tu n’as écrit que pour le savoir.” » (Blanchot, 1983 : 85). L’angoisse de mort qui pèse sur notre écrivaine n’est pas que celle — réelle — de la maladie. Tandis que cette dernière la pousse à publier et à laisser une trace posthume, l’autre, celle de la dépossession, de l’arrêt de l’écriture, la pousse à ne pas achever son texte. Publier et donc achever Peau d’Âme/De Libertate c’est aussi arrêter la recherche, le discours et le scriptum. Ce n’est donc pas un hasard non plus si Catherine Pozzi consent à laisser Peau d’Âme au moment de sa propre mort. La publication posthume faisant ainsi coïncider deux morts, celle de l’écrivaine et celle de la recherche, épargnant alors une double « peine » à l’auteure, et laissant un « enfant » qui ne peut véritablement naître qu’après la mort du père.

L’inachèvement comme fin

Peau d’Âme porte en lui-même la marque de l’inachèvement de la recherche entamée avec le De Libertate. Une prière adressée au lecteur lui indique que l’entreprise est inachevée.

Je te demande pardon, vivant venu de moi. Je n’ai pas le temps de finir ton livre; le voyage oblige. Le corps devient tout étranger, qui veut m’emporter. Faut-il te laisser aussi sot qu’après le cours du vieux coco, et tu n’as gagné qu’une Masse, qui est une Peau !

Me liras-tu même, mon futur? Je jette les feuilles, je vais partir; une bouteille à l’eau; un secret du monde en cinq cents mots.

Le livre ballote faiblement sur le cours du temps, personne ne le prend.

Enfin tu parais, mais tu es ailleurs, tu portes en triomphe le poids de mes jours à quelques amours… Et si le grand feu venu du passé, ô mon bien aimé, pouvait te blesser; si ce que je fus était un moment pour ton désespoir « ce qu’il faut savoir » — le livre navré serait enfoncé aux extrémités d’une éternité; l’éditeur bloqué, l’imprimé serré mais non à l’honneur, non lu non coupé, sous des illustrés. (Pozzi, 1990 : 115)

L’incomplétude devient ici la matière de l’œuvre, l’inachèvement se dit en langage poétique. En ajoutant une page supplémentaire à Peau d’Âme, il n’est plus la conséquence d’un impossible scripturaire, mais devient fin en soi, motif d’écriture, scriptum. Si cet extrait est placé à la fin du manuscrit il n’en constitue pas pour autant la dernière page comme on pourrait s’y attendre, et l’argument de Peau d’Âme reprend son cours. Pourtant tout l’extrait nous parle du caractère vain de cette entreprise. Car au-delà de la tension discours scientifique/discours poétique qui anime le texte et d’où découle cet « impossible dire », il en est une autre, sans doute propre à toute écriture et non pas seulement aux œuvres inachevées. Il s’agit de la tension entre l’écrire et le communiquer. On a vu chez Catherine Pozzi la nécessité vitale que revêt l’écriture du traité : « ma vie », « mon cœur », « un fruit de toutes mes forces », « impossible de les séparer », nous dit l’auteure; ainsi qu’une volonté obsessionnelle de laisser une trace, sa « part de vérité ». Mais paradoxalement on ne peut ignorer son refus de dépossession, de cet après de l’écriture en tant que post-scriptum, qui est pourtant le moment de communication par excellence puisqu’il correspond à la livraison du texte au public.

Les quatre lignes qui constituent la préface de Peau d’Âme sont l’aveu de cette tension : « J’ai écrit ce livre pour tous/sachant que nul ne le lirait. /Ceci explique son langage/Et son sujet. » (Pozzi, 1990 : 21). Ici le « noli me legere » de Blanchot ne semble plus s’adresser à l’auteure, mais au lecteur. Catherine Pozzi faisant parler son livre semble nous dire : « Tu ne me liras pas, tu ne me recevras pas, mais je suis tout de même entre tes mains ». Entre volonté d’universalité et refus — ou impossibilité — de dire, le scriptum ne peut trouver son issue, sa fin, que dans l’inachèvement.

Dans un ouvrage consacré au manuscrit inachevé, Louis Hay citant Barthes pose la question de la finalité de ces textes :

Roland Barthes disait déjà fort clairement : « L’écriture est ce jeu par lequel je me retourne tant bien que mal dans cet espace étroit : je suis coincé, je me démène entre l’hystérie nécessaire pour écrire et l’imaginaire qui […] impose la visée (et la vision) d’une communication sociale » (Barthes par Barthes) […]. Que faire de ces productions à finalité équivoque — sans fin parfois! et qui pourtant communiquent avec le corps social? Comment traiter ces écrits qui ne veulent pas dire et qui parlent à tous? (Hay, 1986 : 13-14)

Face à de tels exemples, la critique a alors le choix : soit elle place le manuscrit inachevé du côté d’un échec, ou d’un accident, le faisant alors devenir objet non légitime, sort qu’a vraisemblablement connu Peau d’Âme jusqu’à présent; soit elle procède à une redéfinition du concept d’œuvre.

La critique génétique au secours de Peau d’Âme : Lire in-scriptum

Née dans les années soixante-dix et se réclamant à la fois du structuralisme et de la philologie, la critique génétique a opéré un basculement fondamental dans la définition du concept d’œuvre. Louis Hay, père de la discipline, proclamait que « Le texte n’existe pas » (1985). Partant de ce constat il n’est plus si surprenant que Catherine Pozzi n’ait pu achever « Le Livre ». Que faut-il comprendre? La critique génétique propose de démystifier le texte final, en s’intéressant à l’ensemble des documents qui constituent l’avant-texte, notes de travail, plans, brouillons, lettres, journaux. Elle n’envisage plus le texte comme seul détenteur d’une vérité une et univoque, mais comme le fruit d’un travail, de contradictions, où le sens est instable. Elle déplace ainsi « l’interrogation critique de l’œuvre vers l’écriture, de la structure vers les processus, de l’œuvre vers sa genèse » (Biasi, 2011 : 11). L’inachèvement d’un manuscrit n’est donc nullement une entrave pour elle, au contraire, puisque l’œuvre n’est plus envisagée dans sa réalité éditoriale et figée, mais en tant qu’écriture au travail ou processus de création.

J’ai évoqué la responsabilité de Catherine Pozzi, et donc de l’auteure, dans le destin de Peau d’Âme, à travers le renoncement à la NRF ou encore son choix de maintenir une rigueur scientifique conjuguée à une ambition poétique. Qu’en est-il de celle du lecteur ou plutôt de celle du chercheur? En 1935, lorsque Claude Bourdet fait paraître le traité, il reste parfaitement fidèle à la volonté de sa mère, rapportant dans l’édition l’ensemble des textes dactylographiés laissés par cette dernière et en respectant rigoureusement ses consignes de mise en page. Mais l’appendice de l’ouvrage comporte un ensemble de notes de l’auteure rassemblées sur six pages et « prises dans les brouillons non utilisés et les cahiers de Catherine Pozzi ». Claude Bourdet nous apprend qu’elles contiennent quelques notions que l’auteure voulait incorporer à Peau d’Âme ou préciser. La dernière note de cet ensemble datée d’août 1934 semble faire simplement écho au désespoir lié à l’inachèvement du texte, pourtant elle ouvre un champ de recherche immense et inexploré de la critique pozzienne :

Je me trouve mourir, placée au moment où j’entrais dans mon livre de 1915. Je ne me suis servie de lui qu’en ce qu’il avait déjà trouvé qu’un signe égalait zéro, je ne lui ai pris textuellement qu’une page « que mon âme est belle sous forme de ce laurier » écrite dans la forêt d’Arcachon.

Restait à lui prendre le péché originel-intégral — et toute l’affaire hérédité. Tant pis. (Pozzi, 1990 : 138).

Le lecteur apprend donc qu’il existe un De Libertate « effectif » sur lequel l’auteure s’appuie encore; que Peau d’Âme n’en est ni la conséquence, ni un résumé, mais un des trois « fruits » qu’il devait voir naître, parmi lesquels « le péché originel-intégral » et « toute l’affaire hérédité ». Ce dessein n’apparaît pas seulement dans l’urgence de l’année 1934. En 1927 déjà on peut lire dans le Journal les mêmes préoccupations :

Je veux, du fatras de papiers qui sont le De Libertate, faire paraître les deux idées de 1915, qui sont probablement les seules que je sois capable de donner à la vie. Celle de la somme (l’intégrale) de sensations qui constitue la sensibilité, à ce point absolu qu’il n’y a pas de vie sans elle, qu’il n’y a pas de sensation sans elle, que sentir, c’est ajouter cette somme à l’unité présente (à l’expérience présente) et rien d’autre. Le passé existant en acte dans le présent : non origine, mais être.

Celle du cas (impossible, mais à quoi tendaient les saints, les sages) de cette somme (l’intégrale qui est péché d’origine, qui est l’hérédité) enlevée; que serait l’individu alors?

Que seraient les individus, les mois seraient-ils indifférenciés? (Pozzi, 2005 : 412)

L’idée de la somme en tant qu’intégrale est celle qui est parue dans Peau d’Âme. Quant à celles du péché originel et de l’hérédité, elles sont liées dans ce second extrait, dissociées dans la note de 1934. Devait-il y avoir un ou deux volumes à la suite de Peau d’Âme? L’analyse génétique des archives de Catherine Pozzi ne permet pas de statuer. Mais elle peut en revanche rendre compte des différents plans, et donc des voies, que l’auteure avait construites, de celles qui furent empruntées, de celles qui furent écartées, et surtout des interrogations ou réflexions demeurées en suspens. Loin de n’être qu’une mine de brouillons, le fonds Pozzi de la Bibliothèque Nationale contient une boîte d’archives inexplorées et consacrées au De Libertate. Le lecteur y découvre non seulement les premières esquisses de la recherche, mais également un manuscrit du De Libertate, soigneusement mis au propre et numéroté, ainsi que de nombreux feuillets, parfois dactylographiés et minutieusement classés. Ces derniers sont en grande partie consacrés au phénomène d’hérédité ou à des réflexions d’ordre éthique relatives à la figure du Christ.

Catherine Pozzi n’autorisait que peu de lecteurs, nous l’avons vu. Le généticien, en rendant visible et lisible cet ante-scriptum n’est-il pas infidèle à la volonté de l’auteure? Donnant un travail qui était sinon préparatoire, du moins inachevé? Là encore les indications de Catherine Pozzi varient et se contredisent tant au sein du journal que des archives. Une chose est certaine, l’auteure a conservé minutieusement l’intégralité de ces papiers. Le généticien n’a pas pour vocation de proposer une réponse univoque ni de se placer en herméneute face au texte. Sa mission est de convoquer le texte dans son processus de création, dans ses contradictions, revirements, et son sens instable; en somme in-scriptum, dans l’acte de sa propre écriture. La critique s’est souvent retrouvée embarrassée lorsqu’il s’agissait de qualifier Peau d’Âme. Est-ce un essai, un traité, un poème, un conte, un exposé? Nous avons démontré, à tout le moins, que Peau d’Âme/De Libertate est avant tout une recherche à la fois formelle et conceptuelle. Existe-t-il une meilleure approche que celle d’en rendre compte à travers son cheminement? « Ô Peau d’Ame, il faudrait te peler jusqu’à l’année mil neuf cent quoi…! » (Pozzi, 2005 : 631) s’étonnait Catherine Pozzi dans son journal. La critique génétique, dans son approche in-scriptum, semble être aujourd’hui la seule discipline capable d’y parvenir.

Pour conclure

Un titre est toujours une promesse.
Derrida

Pendant quinze ans la recherche entreprise par Catherine Pozzi s’est intitulée « De Libertate ». Au sein du manuscrit publié, post-scriptum de la recherche initiée en 1915, ces mots ne sont pas prononcés. Pourtant Peau d’Âme, s’il n’est ni la conclusion, ni « LE » fruit — au sens d’un et d’unique —, mais un des fruits, est une part intégrale de cette recherche. La critique génétique est seule apte à rétablir ce lien entre la question de la liberté et celle de la somme intégrale dont nous parlait l’auteure. Puisqu’il n’y a de post-scriptum, d’après-coup qu’après le coup, la lecture du post-scriptum, convoque irrémédiablement la lettre : l’ante-scriptum. Dans le cas de Catherine Pozzi, l’ante-scriptum, bien qu’il ait été écrit avant, aurait vraisemblablement constitué la suite de ce qui est venu pourtant après. Le post-scriptum convoque également des temporalités complexes au sein de l’écriture. Lorsqu’il est lui-même considéré en tant que moment, et non plus inscription ou réinscription, mais moment de la livraison du texte, il peut aussi devenir une véritable menace de mort pour l’auteure, dépossession de la mémoire — de l’écriture — vive qui l’a vu naître. Pour nous ici, de refus du post-scriptum à refus du post-partum il n’y a qu’un pas. Catherine Pozzi parlait justement de Peau d’Âme comme d’un « enfant jamais détachable » (Simonet-Tenant, 2001), faisant ainsi écho à la fois à son écriture, mais peut-être aussi au poids et à la perte de liberté que peut représenter la somme des sensations « amassées ». Entre la nécessité vitale d’écrire un impossible dire et celle de le communiquer, le post-scriptum, en tant que dernier mot ou fin, ne peut que prendre la forme de l’inachèvement, d’une « tentative ». Mais cette discipline loin de placer le texte inachevé et/ou non livré du côté d’un échec, rappelle que le texte ne vit justement qu’à travers la mémoire vive de sa propre écriture. S’il lui appartient de prendre en charge le post-scriptum de ces objets déroutants, elle ne peut le faire qu’en inscrivant une lecture in-scriptum. La vocation du post-scriptum est alors celle de réactiver l’écriture au travail. La critique génétique des manuscrits de recherche de Catherine Pozzi, bien qu’elle réactive le texte dans sa « logique profane » (De Biasi, 1997) est la seule capable de libérer le De Libertate du silence des archives.

 


Bibliographie

Œuvres de Catherine Pozzi

  • POZZI, Catherine. Journal 1913-1934, Paris, Phœbus, 2005.
  • ――――. Peau d’Âme, Paris, La Différence, 1990.
  • ――――. Très haut amour, poèmes et autres textes, Paris, Gallimard, « NRF », 2002.
  • ――――. Agnès, Paris, La Différence, « Minos », 2002.

Correspondances

  • ――――. Correspondance avec Ernst Curtius in Ernst Curtius et l’idée d’Europe, Champion, 1995.
  • ――――. Catherine Pozzi & Jean Paulhan Correspondance 1926-1934, Paris, Éditions Claire Paulhan, 1999.
  • ――――. Catherine Pozzi Paul Valéry, La Flamme et la cendre Correspondance, Paris, Gallimard, NRF, 2006.

Ouvrages critiques et théoriques

  • BLANCHOT, Maurice. Après-coup précédé par Le Ressassement éternel, Paris, Éditions de minuit, 1983.
  • BOUTANG, Pierre. Karin Pozzi et la quête de l’immortalité, La Différence, 1991.
  • CONTAT, Michel et FERRER, Daniel (dir.). Pourquoi la critique génétique? Méthodes, théories, Paris, CNRS Éditions, 1998.
  • DE BIASI, Pierre-Marc. Génétique des textes, Paris, CNRS Éditions, 2011.
  • ――――. « Le désarroi de l’herméneute », Le Monde, 1997.
  • DERRIDA, Jacques. Mémoires. Pour Paul de Man, Paris, Galilée, « La Philosophie en effet », 1988.
  • HAY, Louis (dir.). Le Manuscrit inachevé, Écriture, Création, Communication, Paris, Éditions du CNRS, 1986.
  • ――――. « “Le texte n’existe pas”. Réflexions sur la critique génétique », dans Poétique, n° 62, Paris, 1985.
  • KUNDERA, Milan. La Plaisanterie, Paris, Gallimard, « NRF », 2012.
  • SIMONET-TENANT, Françoise. « Catherine Pozzi : Le Journal comme laboratoire de l’œuvre », dans Genesis n° 16, Autobiographies, 2001, p. 75-95.

Notes

[1] Lettre d’Ernst Curtius à Catherine Pozzi, 7 juin 1929.

[2] Catherine Pozzi, 1882-1934.

[3] Peau d’Âme est fréquemment présenté comme « le fruit » de ces vingt années de recherches or — malgré son caractère inachevé — s’il n’est en rien une ébauche, il ne constitue pas pour autant l’unique résultat ou produit de cette recherche.

[4] J’ajoute à ce propos-là très instructive note de Claire Paulhan dans son édition du Journal : « Il y a effectivement dans Rhumbs, outre des réflexions que C.P. et Paul Valéry ont pu logiquement ébaucher dans leur dialogue, plusieurs textes dont le thème et la structure sont particulièrement proches du travail de C.P… Et en particulier, celui-ci, “ La vie des parties de l’être vivant déborde la vie de cet être. Mes éléments, même ceux de mon esprit, sont plus antiques que moi. — Mes mots viennent de loin. — Mes idées, de l’infini. Infini des combinaisons de cet ordre ”, qui recoupe le principe, défendu et développé par C.P. dans Peau d’Âme : “ Tout sentir actuel a lieu sur de la chair ayant déjà senti.” » (Ibid. : 748)

[5] Claude Bourdet restera fidèle à la volonté de sa mère. Voir la lettre de Claude Bourdet à Jean Paulhan, mars 1935 in Catherine Pozzi & Jean Paulhan, Correspondance 1926-1934, p. 173.

[6] « Je suis de nouveau souffrante, à peine un refroidissement, mais le poumon droit, le peu qui m’en reste pour vivre, est épuisé de lassitude. Il ne me reste qu’une alternative : ou de continuer à transcrire le De Libertate de 1915 en le mettant en meilleurs mots (non plus « jolis » plus efficaces) ou d’écrire brièvement, en n’importe quels mots, toutes les pensées qu’il contient afin que, du moins, je laisse en partant ma part de vérité. C’est ce que je choisis. » 5 décembre 1929 (Ibid. : 547)